Le 21 octobre dernier, dans le cadre des « Digital week », une centaine de personnes étaient réunies au Numa pour discuter des « Enjeux du web social en Afrique ». Si le jeu des questions/réponses a permis à chacun de s’exprimer, plusieurs experts ont d’abord pris la parole pour poser les bases de la réflexion :

  • Diane Audrey Ngako – Journaliste et Social Media Editrice @Le Monde Afrique
  • Sinatou Saka – Journaliste et responsable de la Syndication Afrique chez RFI et France 24
  • Philippe Couve – L’atelier des médias / Mondoblog
  • Joan Bardeletti – Photographe reporter : http://www.vimeo.com/lgmafrique
  • Jérémy Hodara – co-fondateur d’Africa Internet Holding
  • Thierry Taboy – Vice président RSE Orange

Un continent à fort potentiel

Ce qui ressort principalement sous l’avalanche de chiffres qui nous sont donnés, c’est d’abord le poids de cette «  Afrique digitale ». Malgré ces 313 millions de personnes connectées, la fracture numérique touche plus les populations que nulle part ailleurs. On sous-estime ce continent autant qu’on le sur-estime, car nous n’avons pas affaire à un mouvement massif, mais à une émergence de génération. Alors oui les opportunités sont là, mais il y a une réelle nécessité de réinventer la présence des médias et marques sur internet. C’est d’ailleurs illustré par le taux de pénétration web mobile qui est aux environs des 80% (particulièrement chez les 13-35 ans), légèrement biaisée par le phénomène des multi-sims, très présent sur le continent.

Le web-social serait la spécificité Africaine ?

Si une vérité ne fait plus aucun doute, c’est que le web en Afrique est d’abord social. Une grande importance est attachée à la proximité dans ces pays, on le voit avec la puissance qu’on désormais les sites d’informations locales ou nationales, qui sont les seuls à vraiment fédérer et engager autour d’un contenu obtenu par une vraie présence de terrain. On peut retrouver cet aspect social dans la manière de consommer les réseaux sociaux, si évidemment Facebook est très présent, c’est WhatsApp qui lui vole la vedette, laissant Twitter ou Instagram loin derrière. Les contenus personnels comme les blogs ou encore Youtube sont des outils de connexion et de partage particulièrement affectionnés, à vocation locale et communautaire, ils sont engageants pour les internautes, ce que les grands groupes ou médias ne leur apportent pour l’instant que dans une moindre mesure.

Internet comme vecteur de développement

La question que tout le monde se pose, c’est surtout : quelle est la place du marketing digital dans le développement de l’Afrique ? Il y a d’abord la dimension technique, si c’est un continent qui attire pour des visions à long terme, la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Les multinationales n’amènent pas vraiment de stratégies qualitatives quand c’est l’échange local qui prime. Pour l’instant ces entreprises arrivent indirectement, plutôt de façon symbolique, notamment à travers un fort travail d’animation de communauté, d’encouragement à l’entrepreneuriat, de mise en place de prix et concours, qui vont permettre à des entrepreneurs locaux de répondre de la meilleure façon aux besoins africains. Si les investissements sont modérés, de par le modèle très capitalistique du numérique, les écosystèmes digitaux sont en places et n’ont plus qu’à être développés, c’est maintenant que les positions se prennent du côté des web-marketeurs.

On rencontre de nombreux obstacles : l’approximation des chiffres d’audience qui laissent les grandes tendances comme seuls indicateurs des évolutions du web africain, la passivité des gouvernements ou encore le manque de retour sur investissement des grands groupes. Comparé à des marchés très homogènes (comme en Europe ou aux États-Unis), ce qui fait la faiblesse du numérique en Afrique aujourd’hui est ce qui fera sa préférence demain: son originalité et sa manière de consommer autrement. Si de nombreuses étapes restent à franchir avant une explosion du potentiel économique en place, le champ de possible est ouvert. Aujourd’hui le secteur du digital n’attend que d’être dynamisé (notamment par les marques), et il pourra l’être grâce à une réponse aux principaux enjeux actuels que sont la compréhension de la réalité du terrain, par la mise en place de structures adaptées, et l’innovation, en réinventant la manière de toucher la public africain.