Après l’usage de Snapchat pour sensibiliser à Alzheimer, de Facebook pour inciter à combattre la maladie de Charcot, ou encore d’Instagram pour alerter de la faim dans le monde, c’est aujourd’hui de Tinder dont le Conseil de l’Immigration d’Irlande (ICI) se sert pour dénoncer les crimes liés au commerce du sexe. Avec cette campagne, il espère ainsi confronter les utilisateurs de l’application aux réalités de la prostitution et les impliquer dans la lutte contre ses atrocités.

Créer l’électrochoc…

Avec 200M€ par an de gains estimés par la « Gardaì » (police de la République d’Irlande), le trafic du sexe est devenu l’un des crimes les plus lucratifs du pays. Cependant, si le Conseil de l’Immigration – une association qui lutte pour les droits des immigrants – est déjà venu en aide à une soixantaine de victimes transportées dans le pays pour être exploitées, la réalité de ce marché reste encore trop peu connue du grand public. Alors pour sensibiliser et impliquer les citoyens dans cette lutte, l’association irlandaise et l’agence digital Eightytwenty (groupe Havas) ont lancé une campagne à potentiel viral sur Tinder.

Tinder has become an extremely popular app in Ireland, and it provides us with a unique, innovative and stand out way of communicating to men the issues faced by women involved in sex trafficking.” – Cathal Gillen Performance Marketing & Data Director @EightyTwenty/Havas

Le choix de l’application de rencontres laisse entendre une volonté de répandre une sorte d’« onde de choc » parmi la communauté d’utilisateurs. En effet, avec la création de faux profils de femmes victimes de la prostitution, intégrant des séries de cinq photos dévoilant petit à petit leur véritable histoire, le ICI semble vouloir provoquer une sorte d’électrochoc auprès des hommes, au moment où ils s’y attendent le moins.

Ana1 - Immigrant Council of Ireland Ana2 - Immigration Council of IrelandEn plaçant ensuite un message direct, faisant le parallèle avec l’utilisation de l’application, la campagne met finalement le spectateur devant le fait accompli. Il peut ainsi choisir d’ignorer la situation de cette femme par laquelle il avait été au départ attiré avant de découvrir la triste réalité, ou de prendre connaissance du message d’incitation à l’action, du nom de l’association et du site web sur lequel se rendre pour agir.
Ana3- Immigration Council of Ireland …Mais auprès de qui ?

Si le geste semble simple et l’idée efficace, en revanche nous pourrions nous poser la question de la pertinence du choix de cette application sociale. En l’occurrence, vis-à-vis de la cible visée, peut-être y aurait-il ici un risque de toucher un public (trop) jeune ? Les 18-24 ans qui représentent à eux seuls près de 60% des utilisateurs du réseau étant généralement étudiants avec peu de moyens financiers et parmi les moins enclins à être donateurs…

Enfin, bien qu’innovante et digitale, cette campagne pourrait souffrir d’un manque de résonance. Mise à part le bouche-à-oreille, les relais digitaux en owned media et les relations presses, l’association a choisi de ne pas avoir investit dans un dispositif média traditionnel disposé à amplifier la visibilité de l’opération. Cette mécanique sociale et mobile suffira-t-elle a faire véritablement agir la population Irlandaise ?