Entre les années Yéyé et les jeux de séduction de la génération Y et Z, une trentaine d’années se sont écoulées, marquées par l’apparition d’un tuyau rempli de tuyaux : l’internet et sa pléthore de plateformes et réseaux sociaux qui ont donné lieu à une sorte d’industrialisation de la drague.

Constat n°1/ Le web est devenu une véritable instance de séduction. La fin du XXème siècle a vu l’apparition de nouveaux espaces dédiés à la séduction, réseaux sociaux y compris.

Constat n°2 / On a ainsi pu observer l’émergence de nouveaux modes de séduction. La virtualité de ces rapports a engendré une nouvelle forme de dévoilement des internautes distanciés physiquement par des écrans.

Constat n°3 / Cette accélération de l’espace temps doublée d’une réduction de la distance entre les être causée par la virtualisation des rapports a vu l’émergence du phénomène de zapping relationnel.

Phénomène de gamification de la séduction

Le phénomène de gamification qui s’observe à plusieurs niveaux sociétaux n’a évidemment pas épargné le champ de la séduction. La gamification est en effet une tendance lourde (notamment pour les marques) qui a d’ailleurs fait son apparition dans le Hype Cycle de Gartner qui indique dans quelle phase se trouve une tendance au cours de son cycle (la gamification a été classée dans la catégorie « Peak of inflated expectations” ).

Love is a digital game ! Si la dimension ludique de la séduction existe depuis bien longtemps, le phénomène global de gamification de la société a particulièrement contaminé les modes de séduction des jeunes. Par exemple, le plus social des réseaux sociaux propose ses propres “love functiunalities”.

Facebook a récemment annoncé l’arrivée d’une nouvelle fonctionnalité : le bouton « Ask », offrant la possibilité de demander si un ou une membre est toujours célibataire ou en couple.

Par ailleurs, Tinder est certainement  la plus parfaite incarnation numérique de ce phénomène. L’interface de cette application est d’ailleurs éloquente. 2 boutons call to action : le bouton croix pour EJECT et le bouton cœur pour PLAY (« Play the love game »).

tinder gamification séduction

Le concept de «  note sociale  » 

Serge Tisseron, psychologue et psychanalyste, désigne ce processus d’extimité comme étant « le fait de déposer certains éléments de notre vie intime dans le domaine public afin d’avoir un retour sur leur valeur ». Cette publicisation participe à la construction de l’estime de soi OU du désamour de sa personne.

Ne pas fantasmer la nouvelle génération

Mais il ne faut pas se faire de fausses idées sur les nouveux codes de séduction de la nouvelle génération. Si les tuyaux ont changés, les finalités moins qu’on ne le pense. Les jeunes ne sont pas aussi sexualisés que leurs parents pourraient le penser. Ils ont certainement moins de tabous et de pudeur  (la démocratisation de la pornographie est bien entendue passée par là) mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne considèrent la séduction que sous l’angle du sexe… A ce propos, Le Petit Journal s’était allègrement moqué d’un dossier spécial de L’Express consacré au rapport des jeunes au sexe.

Rémanence de l’amour courtois 

Malgré ces bouleversements numériques, la jeune génération manifeste tout de même un vrai attachement à la tradition de l’amour courtois, au mythe du grand amour et à cet ensemble de codes de bonnes conduites qui régissent les relations de séduction H/F.

Selon une enquête menée pour Cacharel auprès de deux tranches d’âge (15-24 et 25-35 ans), quatre personnes sur dix croient au grand amour “qu’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie” alors que 90 % jugent possible d’être fidèle à une seule personne dans toute sa vie.

Selon Béatrice Copper-Royer, psychologue, « les jeunes sont certes un peu perdus. Ce qui paraît assez confus dans leur tête, c’est qu’ils sont pris dans un discours social assez cru, et qui les angoisse plutôt. Et en même temps, ils sont toujours aux prises avec un idéal d’amour chevillé au corps, une vision de l’amour qui dure. »

De l’URL à l’IRL (« In Real Life »)

Finalement, la différence essentielle entre l’ancienne et la nouvelle génération, c’est peut-être cet incessant va-et-vient entre virualité et réalité induite par l’usage de toutes les plateformes numériques de séduction, un va-et-vient qui n’existait pas il y a encore 15 ans. De Tinder à Facebook, de Facebook à Whatsapps, de Whatsapps à la réalité, de la réalité à Facebook, de Facebook à Linkedin et même, parfois, de Tinder à Linkedin (oui oui) etc, l’amour va-t-il se diluer dans le digital ? L’avenir nous le dira (ou pas).